Chef d’oeuvre parfait
22 octobre 2008
Mardi soir, 22h et quelques poussières. Le morceau de pierre qui était logé dans mon cœur s’est liquéfié, puis dispersé sous ma peau, partout dans mon corps. Je me sens légère. Tous mes muscles sont éveillés, mon cœur palpite. Mon cours de danse est terminé. J’enfile bottes, foulard, manteau. Je jette un dernier regard à la salle. Le voir, juste un peu. L’imprimer sur ma rétine. Ça y est, je peux partir.
Dehors, la pluie flotte dans les airs, elle vole. J’assiste à la nuit de la première neige de l’automne. On dirait que la nature, dans une période de profonde nostalgie, s’est mise à vouloir tout saccager. Comme si tout d’un coup, tout n’était plus à sa place, comme si le campus avait besoin d’un grand ménage. Alors elle fait déteindre les couleurs, elle déshabille les arbres, elle mouille la terre. Et ça sent bon.
Mon parapluie reste fermé, parce que je veux me joindre aux arbres, subir le même sort qu’eux. J’ai besoin qu’on me peigne la figure, qu’on me fasse trembler. Alors j’enlève mon capuchon de blanche neige, et je marche en posant mes yeux partout. En inspirant à plein poumons, en emplissant mes narines d’odeur de pluie et de feuilles humides. Et je pars, loin, dans ma tête. Parce que ce paysage est le chef d’œuvre parfait pour abriter mes rêves.
L’étampe que j’ai faite du danseur, elle est là, sous ce lampadaire. Elle palpite, elle brûle de toute l’émotion qu’elle tente de contenir. Son ombre n’attend que moi. Je laisse tout tomber. Mon sac, mes mitaines, mon manteau; soudainement trop lourds. Et, c’est là qu’une collision se produit. L’encre, partout sur ma peau. Il est là. Et c’est ici que la danse commence. La chaleur se propage lentement, partout dans mon corps. L’équilibre, je trouve l’équilibre intérieur. Devant lui, alors qu’on balance nos émotions sur la neige, qu’on martèle le sol de notre présence. La franche liberté d’être et de vivre, selon ses moindre pulsations cardiaques, en duo. Deux lignes courbes, qui s’entrecroisent sans relâche. Dans une même trajectoire, vers d’autres horizons.
C’est ainsi qu’on écrit nos existences, qu’on marque de nos pas la ville. Parce que la vraie merveille du monde, c’est de s’avoir, en cet instant, l’un pour l’autre. Et d’écrire ensemble cette histoire qui ne se réalisera jamais vraiment. Le cœur à vif, une tâche rouge qui s’étend de plus en plus sur ce tapis de neige.
Le retour à la réalité me fait l’effet d’une douche glacée. Je suis seule, et je prend des photos, en clignant des yeux. Je capture cet instant où j’ai presque eu l’impression d’être près de lui. Parce que sa passion s’est infiltrée en moi, m’a submergée. Cela se produit, à chaque fois que nos regards se croisent dans les miroirs du local, alors que j’absorbe un peu plus de son intensité, de sa soif. Et à mon tour, j’ai soif… Voilà pourquoi je cours, prête à tomber, prête à m’envoler. Me laisser complètement envahir. Parce que je n’en peux plus d’essayer de me remplir moi-même. Éternel recommencement.
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Tags: Amour, équilibre, connexion, danse, inspiration, intensité, passion, rêves, relations interpersonnelles, vide
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