Glacial
J’ai avalé une gorgée d’eau glaciale tantôt et j’ai retrouvé là une vieille émotion qui s’était perdue quelque part dans mes souvenirs du secondaire.
Mise en situation: j’avais le béguin pour un gars. Pas très joli, pas très propre. Marginal, musicien, artiste, original et drôle. Et surtout il me parlait. C’était en quelque sorte mon premier ami(e). Il était mon partenaire de bio. Il disséquait oeil de boeuf et rat mort qui empestaient le formol. À ce moment là, je trouvais ça extremment galant qu’il m’évite d’avoir à avoir du jus de rat sur mes vêtements. Ça y était, j’avais un kick. J’avais l’impression que quelque chose chez lui lui permettrait de voir qui j’étais vraiment. Et je crois qu’à quelque part j’avais raison. Et je l’aimais secrètement, même si à première vue on était des opposés. Et puis, un jour… il a su. Et finalement, en y mettant des gros efforts, j’ai réussi à le persuader qu’on avait quelque chose. Et je me suis souviens d’avoir écouté Fight Club, son film préféré, assise à côté de lui sur son lit. C’était tout c’qui s’passait entre nous, on savait pas s’exprimer avec les gestes, ni les mots de l’amour.
Mais l’amour, je l’avais vécu 100 000 fois déjà dans mes rêves. Et le vide que je ressens dépuis l‘éclosion de ma conscience était là, sans que je puisse encore le nommer. Je me souviens m’être retrouvée dans sa cuisine. Je tiens tout de suite à le préciser, je n’ai jamais embrassé ce gars là. En fait, normalement il y aurait eu un baiser, c’était LE moment. Mais j’ai évité: la boule que j’avais dans le ventre avait envahi mon corps en entier. Ce que j’avais l’impression d’avoir attendu toute ma vie, qu’on me donne… on s’est serrés l’un contre l’autre. J’ai eu une des plus irrépressibles envies de pleurer de ma vie. Je pense que c’était le vide qui résonnait jusque dans mes poumons, jusque dans ma gorge à m’empêcher respirer. C’était trop fort, l’émotion était trop forte. Et pourtant, étais-je réellement amoureuse ? Qu’est-ce qui s’est alors passé pour que mon coeur soit aussi chamboulé ?
Maintenant je me comprend mieux et je comprend mieux cet épisode. Mais quand c’est arrivé, j’étais vraiment sous le choc. Comment tous ces barreaux étaient arrivés là, me bloquant tout l’intérieur? J’en avais parlé au psy que je consultais. Et il m’avait dit ”Eh bien, c’est comme quand t’as tellement soif et que tu bois de l’eau froide. Tellement froide qu’elle te ”brûle” la gorge et t’empêche de boire.”
Je voulais de l’amour, j’avais soif. Et encore aujourd’hui, après avoir vécu une relation de 2 ans et demi. Après m’être raprochée de ma famille, avoir élargi mon cercle d’amis, j’ai encore soif. Lentement j’apprivoise l’idée que j’aurai toujours un manque, cette urgence en moi.
À quelque part, j’ai encore ces vieux rêves. Des rêves d’amour guérisseur qui ne me quittent jamais. Parce que j’ai l’impression que si j’acceptais de prendre totalement conscience de ma réalité intérieure… je tomberais dans un gouffre. Je pense que ce qui m’effraie le plus dans la vie est là, juste là.
Je rêve pour me protéger.
Filed under: Réflexions | Leave a Comment
Tags: adolescence, amour guérisseur, éclosion, brûlure, fleur de peau, hypersensibilité, manque, premier baiser, prise de conscience, rêver pour se protéger, sentiments amoureux, soif, vide
Recherche
-
Vous êtes en train de consulter les archives de Capturer l'éphémère....
No Responses Yet to “Glacial”