Espace Vacant, partie 1

J’ai froid dans cette chambre. Murs blancs, draps blanc. Un lit perdu dans un océan d’absence. Barreaux noires. Aucun meuble, une grande fenêtre à droite, sans rideau. Au sommet d’un gratte-ciel, coincé au beau milieu des nuages. Un esprit brisé dans un corps frêle. Nue, j’attends. Je suis vide, absolument, entièrement vide de tout. Espace vacant. À occuper s’il-vous plaît. Bien vouloir prendre place. J’attends qu’on me prenne. Qu’on m’utilise. Jamais je ne me suis sentie utile. Jamais je n’ai été où j’devais me trouver. C’est le moment ou jamais. J’ai mal au ventre, j’ai si faim. I’m starving, thinking about your naked body. Mes veines, mauves et bleues, saillent sous ma peau d’un blanc étincelant. Elles attendent le contact de tes doigts agiles sur ma peau.
L’air entre sous la porte, frais comme une brise du matin. Mes doigts de pieds sont si froids. Je frissonne. Je t’attends comme jamais je n’ai attendu. Les minces draps de coton ne suffisent pas à garder la chaleur dans mon corps. Fais ton entrée. Entre, sur le bout des pieds. Je suis si fatiguée…
J’aperçois une ombre derrière la porte, j’entends une main frôler la poignée. Je rêve ? Mes sens sont à vif, les choses me paraissent si claires. Ta respiration irrégulière, mais douce me parvient. Je t’attendais depuis tellement longtemps. Tous les pores de ma peau sont au bord de l’agonie de te savoir là, si près. Je ne peux quitter mon île. Je risquerais de perdre conscience. J’entends le bruit, presqu’inaudible, des pentures de la porte. Lentement, celle-ci s’entrouvre. Je ne peux pas encore voir ton visage. Mais je l’imagine, de même que ton corps sculpté de marbre. Ça chatouille déjà dans le bas de mon ventre. Je suis presque fébrile, je tremble un peu, les yeux rivés sur la porte. Je décide de m’étendre sur le dos et de fermer les yeux. Je prends une grande respiration. Je guette en silence le moindre mouvement. Tu pénètres dans la pièce, je sens ta présence. Tu es là. J’entends tes pieds nus qui frôlent le sol. Puis doucement, le déclic subtile de la porte qui se referme. Mon univers est maintenant complet, contenu entre quatre murs. Je suis là étendue sur les draps, dans toute ma nudité. Offerte à toi. Mes paupières tressaillent. Tes moindres mouvements créent des déplacements d’air. Ceux-ci viennent chatouiller ma peau, hypersensible. Tu t’immobilises. Me parvient seulement ta respiration. J’ai la gorge nouée de te savoir si près. J’en suis persuadée, tu me regardes. Mes cheveux foncés descendent sur mes épaules en cascade. Ma bouche frémit. Tu m’enveloppes déjà de ton regard. Je lutte pour garder mes paupières closes.
Debout, tu te débarrasses de tes vêtements, je les entends glisser au sol. Ton odeur se propage par vagues. Ton parfum m’enivre. Je n’en peux plus. Tu dois m’habiter. Je sens l’irrégularité de ta respiration. Ton souffle qui reste coincé dans ta gorge. Tu es fébrile. Lentement tu t’approches du lit. Je sens maintenant la chaleur qui émane de ton corps. Mes mains se mettent à trembler imperceptiblement. J’ai si mal de tant te désirer. Mes bras reposent le long de mon corps. Mes jambes sont légèrement écartées. Ma bouche est entrouverte. Je t’attends. Je sens le matelas s’écraser du côté droit du lit. Ça y est, tu me rejoins. Ta respiration s’accélère suivant la mienne, en symphonie. Tu passes ta jambe par-dessus mon corps glacé, sans toutefois me toucher. Je sens ton visage, juste au-dessus du mien. Ton souffle réchauffe mon visage. Ton haleine m’envoute. Nous sommes là l’un devant l’autre. Tu occupes l’espace. Le vide qui te revient. Prudemment, tu serres tes cuisses brûlantes contre les miennes. Mon cœur cesse de battre. Tes jambes viennent se positionner le long des miennes.. Le désir me déchire les entrailles. Tes pieds viennent s’emboîter aux miens. Tout le bas de mon corps se réchauffe. Tu descends très lentement ton corps. J’émets un gémissement contenu. Le reste de la pièce n’existe plus. Le lit est un brasier. Je ne vis que pour toi. Il n’y a plus rien dans l’univers. Couche-toi sur moi.
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Tags: Amour, désir, espace vacant, fébrilité, relations amoureuses, relations humaines, sensualité, solitude partagée, tendresse, vide intérieur
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